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Le programme Hyper-Estampages et la collection de l’École française d’Athènes : retours sur le suivi d’une campagne de numérisation d’estampages

Archives propres à l’archéologie et principalement à l’épigraphie, les estampages constituent une des collections du service des archives de l’École française d’Athènes. La numérisation au cours des mois de février et mars 2025 d’une série d’estampages, suivie par Quentin Delvaux dans le cadre du stage de quatrième année de l’École nationale des chartes, offre l’occasion de revenir sur ces archives particulières, presque « tridimensionnelles » en raison de leur relief, ce qui entraîne des spécificités à prendre en compte dans leur valorisation.

Estampages et projets

La collection d’estampages de l’EFA

L’estampage est une empreinte moulée sur la surface gravée d’un support lapidaire, en d’autres termes, une reproduction à l’échelle et en relief d’une inscription. Généralement fait avec du papier, l’estampage permet de consulter des inscriptions lapidaires qui peuvent être endommagées, éloignées ou même indisponibles. Les épigraphistes y voient ainsi une opportunité de constituer une documentation consultable à distance, maniable et qui fige l’état d’une inscription qui peut subir des dégradations1.

Pour cette raison, ils commencent très tôt à constituer des collections qui gagnent en importance, y compris à l’EFA, avec certains grands noms qui se dégagent comme Charles Picard (1883-1965) ou Georges Daux (1899-1988) après lui. Encore aujourd’hui des estampages continuent d’être produits, mais ils sont plus rares et les entrées dans le service d’archives sont plutôt des arriérés de versement. Le fonds de l’École d’Athènes compte environ 10 500 estampages, parmi lesquels se détachent très nettement les sites archéologiques historiquement fouillés par l’EFA, comme Delphes — plus de trois mille estampages —, Délos ou Thasos. D’autres régions sont aussi présentes, bien que plus réduites en nombre d’estampages, dont certains provenant d’Asie Mineure2.

Pourtant, ce fonds ne commence à être traité de façon rationnelle et globale que dans les années 1970, grâce à l’action de Michel Sève notamment. Les travaux de réorganisation des services conduisent à placer les estampages sous la responsabilité du service des archives de l’École française d’Athènes en 2013.

Programmes de numérisation

En 2014, dans le contexte de la transition numérique voulue par le ministère de l’Enseignement supérieur, mais aussi en prenant en compte le fait que la collection d’estampages de l’École d’Athènes a été classée comme « collection à risque », Michèle Brunet propose de lancer un vaste programme de numérisation afin de créer une ectypothèque, néologisme formé à partir du terme grec ectypon qui signifie estampage. Cette ectypothèque documentaire doit pouvoir proposer sur une plateforme numérique, accessible à tous, la consultation des estampages et non les éditions des inscriptions3.

Le premier programme nommé E-stampages, de 2015 à 2018, concerne les estampages produits dans le cadre des missions de l’EFA, mais dont la conservation est fragmentée en deux institutions : l’EFA et la Maison de l’Orient et de la Méditerranée-Jean Pouilloux à Lyon. La numérisation commence par une partie des estampages de l’EFA, où l’accent est porté sur les sites historiquement fouillés par l’École : Délos, Delphes, Philippes et Thasos, et par la collection lyonnaise. En 2017, s’ajoutent même la numérisation des estampages du Laboratorio di Epigrafia Greca de l’Université Ca’ Foscari, à Venise, certes financée par un autre programme. Finalement, il s’agit de presque six mille estampages au total numérisés, devant être à terme diffusés sur une plateforme créée pour cette occasion4. Pour rendre la principale caractéristique des estampages, leur relief, des images 3D sont créées, grâce à l’aide du Digital Epigraphy and Archaeology Project de l’université de Floride, qui héberge aussi les images 3D, tandis que les images 2D en format iiif sont hébergées par le service NAKALA de l’IR Huma-Num.

Afin de poursuivre les numérisations, une deuxième phase est organisée à partir de 2024 dans le cadre d’un financement Biblissima +, programme Hyper-Estampages5. Au cours de ce dernier, des numérisations complémentaires dans la collection de l’EFA doivent être réalisées et sont aussi numérisés les estampages de Delphes et de Délos du fonds Homolle de la Bibliothèque de l’Institut de France. Pour ce qui est de l’EFA, des ensembles cohérents sont choisis, concernant tous un seul site : Delphes. Sont donc sélectionnés les estampages de Jean Bousquet (1912-1996), de Georges Daux (1899-1988) et de Dominique Mulliez (1952-), ce qui représente environ un millier d’estampages.

En complément, le site web, élaboré avec le CMS Omeka-S, est entièrement refondu par l’Institut de l’Information Scientifique et Technique (Inist) du CNRS, qui doit centraliser toutes les images de la Bibliothèque de l’Institut, de la MOM et de l’EFA, pour cette dernière depuis sa propre plateforme Archimage.

Fig. 1 : Cycle des données du programme Hyper-Estampages (conception Louis Mulot et Michèle Brunet)

Le travail de numérisation

Dès que le financement est obtenu et un prestataire trouvé, le travail de préparation et de numérisation d’un millier d’estampages de Delphes, produits et conservés au sein de l’Ecole française d’Athènes, peut commencer.

Préparation et enrichissement des métadonnées

En premier lieu, bien qu’une estimation ait été faite, le nombre exact des estampages n’est pas connu. Un grand nombre d’estampages, de Jean Bousquet mais surtout de Dominique Mulliez, sont dans l’état dans lequel ils sont arrivés à l’EFA, c’est-à-dire encore dans des cantines métalliques. Ainsi, tant pour les besoins de la numérisation que pour leur conservation et leur potentielle consultation, il faut procéder à une cotation pour chacune des pièces et, par la même occasion, enregistrer les métadonnées des estampages. Le programme de numérisation ne se contente pas, en effet, de simplement mettre à disposition des images des estampages. Il faut pouvoir les contextualiser et les documenter, autre volet du programme Hyper-Estampages. Les informations peuvent concerner directement l’objet « estampage », ses dimensions, son état de conservation ou les éventuelles annotations qui s’y trouvent portées, ou concerner le support matériel, son numéro d’inventaire du musée ou les références à une sélection d’éditions du texte. Ces derniers éléments sont parfois directement portés sur l’estampage, ce qui permet de les enregistrer dès l’inventaire et la préparation de la numérisation.

Bien que la cotation soit continue, certains cas nécessitent une adaptation. Lorsqu’il existe deux estampages pour une seule et même inscription, afin de garder un lien entre les deux, ils reçoivent le même numéro (EST XXXXX), mais suivi d’un A ou B. Ainsi, chaque pièce matérielle représente une ligne de tableur, et donc une pièce identifiée, mais le lien entre plusieurs estampages est préservé, du moins quand il est particulièrement flagrant que c’est la même inscription et qu’il a fallu deux estampages pour la reproduire.

D’une manière un peu similaire, les estampages en double ont reçu une même cote, cette fois-ci suivie d’un bis, ter etc. La question de les numériser s’est en effet présentée : le cas où les estampages en double ont été faits par deux personnes différentes à deux moments espacés dans le temps est assez rare. Dans ce dernier cas, les estampages ont reçu un numéro différencié, ne serait-ce que parce qu’ils n’ont pas été rapprochés comme des doublons. Ils peuvent d’ailleurs avoir un intérêt à être numérisés. Le cas le plus fréquent reste en réalité des doubles faits par une même personne, parfois juste avec un an ou deux d’écart, mais sans surplus d’informations. Les noter comme bis ou ter permet de les distinguer et surtout de les écarter plus facilement pour la numérisation. Si ce choix n’a pas été fait lors des cotations précédentes, il a été systématiquement appliqué pour les estampages numérotés en vue de la numérisation de 2025. Les doubles identifiés sont équivalents en nombre à une journée entière de numérisation, qui a donc pu être économisée.

Après un inventaire de 738 pièces, doublons inclus, le nombre d’estampages à numériser est précisé : 1077. La répartition entre les différentes collections est d’ailleurs conforme aux prévisions, avec seulement de minimes variations .

CollectionPrévisionsEstampages numérisés
J. Bousquet548505
G. Daux116108
D. Mulliez6541462
Auteur inconnu/2

Suivi de la numérisation

Une partie du procédé est modifiée avant le début de la numérisation pour améliorer la lisibilité des documents. Afin de rendre le relief des estampages, le choix s’est porté sur la Reflectance Transformation Imaging (RTI), selon un procédé simplifié créé par Julien Faguer, qui permet de faire varier l’orientation de la lumière sur une image. Chaque pièce doit maintenant être photographiée six fois : un recto, lumière ambiante ; un verso, lumière ambiante ; quatre versos, avec un flash successivement placé sur chaque angle.

Fig. 2 : Installation pour la prise des photographies dans la salle des estampages

Les estampages sont photographiés directement sur place, dans la salle où ils sont conservés. Du fait de cette installation, les estampages doivent être triés par taille, et non par cote, afin qu’il ne soit pas nécessaire de retoucher l’installation pour chaque estampage. Le suivi doit aussi se faire pendant la numérisation : le photographe ne repère pas forcément le sens des estampages, les rectos et versos, ou le haut et le bas de l’inscription. Le travail est donc réalisé à deux, avec un rythme de cent estampages par jour. Si la tâche est répétitive, elle est nécessaire et fondamentale.

Fig. 3 : Installation pour les estampages de grand format

Quelques imprévus peuvent apparaître au cours de la numérisation. En dehors de problèmes techniques survenus un jour, le cas d’estampages de grandes dimensions s’est posé. Certains ont dû être tournés à 90° et il faut alors le notifier dans le tableau de suivi pour permettre, par la suite, de retourner les images automatiquement. Néanmoins, trois estampages ont obligé à retravailler l’installation et ont pris une matinée entière.

Enfin, l’inventaire des estampages permet de découvrir d’autres techniques que celle qui utilise le papier à estampage, ce qui illustre les tentatives d’innovation qui ont pu se produire au cours du xxe siècle. Au sein de la collection Dominique Mulliez, se trouvait un estampage en latex. Si cette méthode était nouvelle dans la seconde moitié du xxe siècle7, elle semble avoir été vite abandonnée et peu utilisée. La technique du latex est coûteuse et contraignante d’un point de vue pratique : la manipulation est difficile, la méthode ne fonctionne pas pour des inscriptions sur des parois verticales. Leur stockage est plus compliqué que le papier et le latex est plus susceptible d’endommager les surfaces fragiles en arrachant des cristaux de la pierre au moment où l’on retire l’empreinte. Le cas est resté unique et, dans la mesure où sa provenance et son auteur sont inconnus, l’estampage n’a pas été numérisé.

Fig. 4 : Estampage en latex

Poursuite du projet

Une fois les estampages photographiés, le projet est loin d’être fini. Les métadonnées, de Delphes mais aussi des autres sites archéologiques doivent être harmonisées. Or, cette harmonisation doit se faire pour deux plateformes différentes, qui ne demandent pas forcément les mêmes informations, ou du moins sous le même format. Comme il s’agit de la collection de l’EFA, les photographies des estampages sont aussi intégrées dans Archimage, l’outil de gestion et de diffusion des archives de l’École française d’Athènes. Cette plateforme concerne tous les documents du service des archives de l’EFA et ne se concentre pas que sur les estampages, contrairement à la future interface Hyper-Estampages. Les notices y sont donc nécessairement moins détaillées.

Fig. 5 : Comparaison des interfaces d’Archimage et E-stampages (dans son état actuel, en cours de refonte)

La numérisation des estampages de l’École française d’Athènes prend place dans un vaste programme qui comprend d’autres institutions. Les décisions prises dans le cadre de cette campagne influencent les autres, et réciproquement. En outre, le suivi d’une numérisation ne se limite pas à l’aide pour la prise de photographie. Le travail de préparation ou celui d’enrichissement des métadonnées, qu’il soit en amont ou en aval, sont partie prenante du suivi.

Pour en savoir plus sur le programme Hyper-estampages de l’EFA

  1. Michèle Brunet, « E-stampages : la mise en ligne des collections d’estampages. Une nouvelle ressource pour l’étude des inscriptions grecques », Comptes rendus des scéances de l’Academie des Inscriptions et Belles-Lettres 163, 2019, p. 267. [En ligne]. DOI : https://doi.org/10.3406/crai.2019.96809 (consulté le 14 avril 2025 []
  2. Ibid., p. 267 []
  3. Ibid., p. 271-272. []
  4. https://www.e-stampages.eu/s/e-stampages/page/accueil [consulté le 01/04/2025] ; à propos du site, voir aussi M. Brunet, « E-stampages… », p. 278-284. []
  5. https://projet.biblissima.fr/fr/appels-projets/projets-retenus/hyper-estampages []
  6. Dont deux estampages de Philippe Le Bas (1794-1860). []
  7. Voir une présentation de la technique dans Jeanne Robert, Louis Robert, « Bulletin épigraphique », dans Revue des études grecques 66, 1953, p. 118-120. [En ligne} URL : https://www.persee.fr/doc/reg_0035-2039_1953_num_66_309_3311#reg_0035-2039_1953_num_66_309_T1_0118_0000 []
Quentin Delvaux
Quentin Delvaux

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Quentin Delvaux (14 avril 2025). Le programme Hyper-Estampages et la collection de l’École française d’Athènes : retours sur le suivi d’une campagne de numérisation d’estampages. ArchivEFE. Consulté le 21 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13qxw


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