La production et l’organisation des archives de la Conservation d’Angkor
L’École française d’Extrême-Orient a été fondée en 1898, avec pour mission principale l’exploration et l’étude des sites archéologiques de l’Indochine. En 1908, le besoin de maintenir une activité permanente sur le site d’Angkor a donné lieu à la création de la Conservation d’Angkor. Cette institution s’est progressivement développée et organisée afin de produire la documentation nécessaire à l’étude et à la conservation des monuments.
À l’époque du premier conservateur Jean Commaille (nommé en 1908), la production de documentation se limitait à la rédaction de rapports mensuels adressés au directeur de l’EFEO à Hanoi, et d’un journal servant plus ou moins de brouillon pour les rapports. Les photographies de l’époque sont rares : Jean Commaille possédait un appareil photographique, mais il lui était difficile de se procurer le matériel nécessaire aux prises de vue. C’est avec son successeur Henri Marchal, en 1916, que les services de la Conservation d’Angkor se développent, intégrant la production de dessins et de photographies. Les rapports d’activité font mention pour la première fois en 1918 de l’embauche d’une personne, le prince Rithirasi, pour la mise au net des dessins du conservateur (RCA mai 1918). Le poste de photographe-dessinateur se pérennise à la Conservation d’Angkor dans les années 1920 : s’y succèdent Kong, Lien, puis Chhân dans les années 1930 (RCA février 1923, RCA novembre 1926, RCA juillet 1928, RCA juin 1931).

Henri Marchal met en place un système de numérotation des photographies (JFII : 2) et des dessins qui lui permet de les classer, mais aussi d’y faire référence dans ses journaux de fouilles et ses rapports d’activité. Il commence parallèlement la numérotation des artefacts mis au jour sur les différents sites d’Angkor et ramenés au dépôt archéologique, afin d’en établir l’inventaire, de pouvoir les mentionner dans ses écrits et de les repérer sur les clichés. La grande cohérence du système d’enregistrement de la documentation produite et du système de renvois entre les différents types de documents est perpétuée par ses successeurs, George Trouvé, Maurice Glaize, et les conservateurs intérimaires.
Bernard-Philippe Groslier prend la direction de la Conservation d’Angkor en 1959. En une décennie, bénéficiant d’un budget jusqu’alors inégalé, il rénove et transforme l’institution en profondeur. S’il abandonne la rédaction du journal de fouilles dès son arrivée, il développe le système de production et d’enregistrement des documents graphiques. Le service photographique, dirigé par Jean Manikus puis par Luc Ionesco (à partir de 1962), emploie trois personnes en 1960. Afin d’étoffer le personnel du bureau de dessin, dirigé par Kang Roeum, deux dessinateurs sont embauchés en 1960 et formés à la Conservation, bientôt rejoints par quatre dessinateurs formés à l’École des Arts de Phnom Penh (RCA annuel 1960). Ce bureau de dessin sera ensuite dirigé par Guy Nafylian puis par Jacques Dumarçay avec un personnel croissant (dessinateurs et topographes), et produira une série de monographies architecturales. Au dépôt archéologique de la Conservation d’Angkor, Bernard-Philippe Groslier fait réaliser un catalogue complet sur fiches dont nous connaissons au moins, parmi les contributeurs, Michèle T’Serstevens (RCA annuel 1962), Mireille Turpin (pour la statuaire brahmanique, RCA annuel 1970), Madeleine Giteau (Giteau 1975 : 1) et Bruno Dagens (pour la statuaire bouddhique, RCA annuel 1966). Bernard-Philippe Groslier organise une campagne de photographie systématique des objets, confiée à Luc Ionesco, dont les tirages sont collés au verso des fiches du catalogue (RCA annuel 1962, RCA annuel 1963).
Au cours de son activité, la Conservation d’Angkor est également intervenue sur des sites hors du parc d’Angkor pour la production de documentation, dressant des plans de monuments éloignés tels que Beng Mealea, les sites du Phnom Kulen, le Preah Khan de Kompong Svay, ou des sites des provinces voisines de Preah Vihear ou de Battambang.
Toutes ces activités cessent avec la prise de pouvoir des Khmers rouges.
Les archives de la Conservation d’Angkor conservées à Paris, produites entre 1908 et 1973, comptent aujourd’hui près de 2 600 plans et dessins, 30 000 photographies, un peu moins de 9 000 fiches de catalogue, 25 tomes de journaux de fouilles, et 485 rapports d’activités. À ces archives produites entre 1908 et 1973 s’ajoutent un fonds plus récent : celui des négatifs de la couverture photographique systématique des œuvres déposées à la Conservation d’Angkor, réalisée par Matthieu Ravaux dans le cadre de l’inventaire dirigé par Bruno Dagens de 1992 à 1996.
Abréviations :
JF : journal de fouilles
RCA : rapport de la Conservation d’Angkor
Références :
Giteau Madeleine, 1975. Iconographie du Cambodge post-angkorien. École française d’Extrême-Orient, Paris.
Archives EFEO :
- FR EFEO FCA/2/JFCA/2, Journal de fouilles N°II – Années 1919-1921.
- FR EFEO FCA/2/RCA/1918/5, « Rapport sur les travaux exécutés dans le groupe d’Angkor pendant le mois de mai 1918 ».
- FR EFEO FCA/2/RCA/1923/2, « Rapport sur les travaux exécutés dans le groupe d’Angkor pendant le mois de février 1923 ».
- FR EFEO FCA/2/RCA/1926/31, « Rapport sur les travaux du groupe d’Angkor pendant le mois de novembre 1926 ».
- FR EFEO FCA/2/RCA/1928/15, « Rapport sur les travaux exécutés dans le groupe d’Angkor pendant le mois de juillet 1928 ».
- FR EFEO FCA/2/RCA/1931/11, « Rapport sur les travaux exécutés dans le groupe d’Aṅkor pendant le mois de juin 1931 ».
- FR EFEO FCA/2/RCA/1957_1960/18, « Conservation d’Angkor – Travaux de l’année 1960 ».
- FR EFEO FCA/2/RCA/1962, « Conservation d’Angkor – Travaux de l’année 1962 ».
- FR EFEO FCA/2/RCA/1963/2, « Conservation d’Angkor – Travaux de l’année 1963 ».
- FR EFEO FCA/2/RCA/1966, « Conservation d’Angkor – Travaux de l’année 1966 ».
- FR EFEO FCA/2/RCA/1970/3, « Conservation d’Angkor – Travaux de l’année 1970 ».
Photothèque EFEO :
EFEO_CAM01679 : « Henri Marchal contrôlant les plans devant Banteay Srei de Damdaek », cliché de Moride. M, juin 1952.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Sophie Biard (20 décembre 2024). La production et l’organisation des archives de la Conservation d’Angkor. ArchivEFE. Consulté le 7 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/12zo6